Bac philo 2011 : Sujets et corrigés (S) - Bac Philo - Ados.fr
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Bac Philo

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Sujet 1 :

La culture dénature-t-elle l’homme ?

La culture désigne au sens large tout ce que l’homme acquiert par l’intermédiaire d’un groupe social déterminé, tout ce qui est transmis par le langage, les coutumes, l’éducation et même -de manière implicite- les gestes, les attitudes ou les règles de comportement. Il est très difficile chez l’homme de déterminer quelle part revient à cette culture acquise et qu’elle part appartient à une nature innée, une hérédité aux contours mal définis. Dire que la culture dénature l’homme, c’est en effet supposer une nature première, une essence de l’homme qui le distinguerait des autres êtres de la nature. Le mot nature signifie soit ce qui précède toute intervention humaine dans le monde, soit les caractéristiques communes à tous les hommes, soit l’essence, l’identité spécifique à un individu. Dans l’opposition nature et culture, l’enjeu est de savoir s’il existe un passage de l’un à l’autre ou bien si l’état de nature est une fiction qui permet aux hommes de déplorer un idéal qu’ils n’ont peut-être jamais connu mais qui serait comme le négatif de la condition humaine. En ce sens, le mot « dénaturer »signifie un processus qui consiste à arracher à l’homme quelque chose qu’il possède en propre, de manière constitutive. Reste alors à se demander s’il s’agit d’un aspect péjoratif comme l’animalité ou la force des passions, la violence que l’homme partage avec les autres êtres de la nature ou si la culture enlève à l’homme une « bonne » nature, c’est-à-dire le corrompt, le détourne de cette innocence première dont certains ont pu faire à regret l’apologie. Dans les deux sens du mot dénaturer, il s’agit bien de penser un processus, une histoire qui fait que l’homme se constitue progressivement en faveur d’héritages, de transmissions, d’échanges entre personnes, groupes ou sociétés. Cela signifie que  la frontière entre le naturel et le culturel n’est pas établie et que le propre de l’homme, sa nature, est de ne pas en avoir.

 

Sujet 2 :

Peut-on avoir raison contre les faits ?

Le mot raison a des sens multiples, puisqu’il désigne la faculté de l’esprit qui nous permet de distinguer le vrai du faux (être rationnel), le bien du mal (être raisonnable), cette faculté dont Descartes affirme qu’elle est « la chose du monde la mieux partagée ». Mais avoir raison, ce n’est pas toujours être capable d’un jugement juste, universellement valable et surtout démontrable, ce que sous entend le sujet puisqu’il s’agit d’avoir raison « contre » les faits. Ce sens général du mot signifie au sens large, les choses qui se passent, ce qui arrive, ce qui ne dépend pas de notre jugement. Le problème est donc de s’interroger sur cette opposition entre le jugement de notre pensée qui put être arbitraire, contradictoire ou faux et ce qui arrive indépendamment de ce que l’on peut en penser ; l’enjeu est ici la connaissance, car juger de manière rationnelle, c’est juger justement, c’est connaître quelque chose qui sans nous, ne serait pas interprété. Veut-on dire de manière confuse que les faits ont tort ? La simple possibilité d’avoir raison est celle de donner un sens à ce qui nous arrive, à ce qui nous entoure, bref à maîtriser par notre jugement de connaissance ce qui est seulement arbitraire et dû au hasard. Nous verrons dans une première partie cette opposition entre la raison et les faits puis nous nous interrogerons sur la valeur et  l’intérêt de cette maîtrise du plus aléatoire, ce qui seulement se passe, arrive, comme à notre insu.

 

Sujet 3 :

Extrait des Pensées de Pascal

"Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien. Je ne m’en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi, ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.
Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes, parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.
L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soimême et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur."

Objet du texte : Dans ce texte, Pascal énonce un jugement général comme une sentence en opposant la bonne fortune à la verité. Le sens de bonne fortune peut ici poser quelques difficultés pour comprendre le texte et cependant s’explique par la suite : il ne s’agit pas des biens et des richesses, mais du hasard, du sort, de ce qui nous arrive, ce qui advient d’heureux (ou de malheureux) de manière plus ou moins fortuite. Le raisonnement de l’auteur explicite le lien entre cette fortune et la vérité qui est du domaine de la justesse et de la justice. Pascal veut montrer par l’expérience, la véracité du jugement formulé ; ainsi un prince sera victime de l’abus de flatterie de la part de ses sujets, ainsi les plus grandes fortune se laissent abuser, enfin même les amis ne sont pas sincères en ce qui concerne leurs jugements respectifs. On peut se demander sur quoi est fondé ce constat si attristé de la part de Pascal et si sous cet air de sentence il n’y a pas comme une leçon qu’il nous donnerait à propos de nos jugements de valeur et de nos comportements. Est-il vrai que toutes nos relations ne soient que tromperie et flatterie, est-il possible de fonder le lien social sur ce qui nous répugne en général le plus, nous qui nous réclamons de la vérité et de la justice ?

 

SOURCE : www.lewebpedagogique.com

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